Animateur, garant, facilitateur : pourquoi un groupe sans cadre s'éteint
L'histoire est banale. Six dirigeants motivés décident de se réunir tous les mois pour s'entraider. Les trois premières séances sont excellentes. À la sixième, ils ne sont plus que quatre. À la neuvième, le groupe n'existe plus. Ce n'est presque jamais un problème de motivation.
Les trois dérives d'un groupe sans garant
Le glissement vers le réseautage
C'est la plus fréquente. Le groupe se connaît, l'ambiance est bonne, on prend des nouvelles. Petit à petit, le temps consacré aux nouvelles dépasse le temps consacré aux sujets. Un jour, quelqu'un propose un déjeuner plutôt qu'une séance, et personne n'objecte. Le groupe n'a pas échoué, il s'est simplement transformé en autre chose.
La captation de la parole
Dans tout groupe, deux ou trois personnes parlent naturellement plus que les autres. Sans régulation, l'écart se creuse séance après séance. Les plus discrets décrochent en silence, viennent moins, puis cessent de venir. Ils ne diront jamais que c'est la raison de leur départ.
C'est précisément ce que la recherche identifie comme le premier facteur de performance collective : l'étude publiée dans Science en 2010 par Woolley et son équipe montre que la performance d'un groupe est fortement corrélée à l'équilibre de la répartition de la parole, bien davantage qu'à l'intelligence de ses membres.
L'absence de production
Une séance peut être passionnante et ne rien produire. On a échangé, on s'est senti compris, on repart content, et rien ne change dans l'entreprise. Au bout de quelques mois, chacun se demande à quoi il consacre sa matinée. C'est la mort lente des groupes informels, et c'est le reproche qu'on adresse le plus souvent au format mastermind.
Ce que fait un garant
Le mot importe. Un facilitateur n'est pas un conseil qui aurait autorité sur le groupe : il est garant du fait que la méthode est appliquée et que la séance produit quelque chose. Son travail se déroule en trois temps.
Avant : la préparation des interventions
Un sujet mal posé fait perdre une heure à six personnes. Le facilitateur accompagne en amont le membre qui va présenter : quelle est la question réellement posée, quels éléments le groupe doit connaître, qu'attend-il exactement de la séance. Une problématique bien préparée vaut la moitié du résultat.
Pendant : la garantie du déroulé
Il anime, distribue la parole, empêche que la séance se disperse ou s'éternise sur un point, et fait respecter la confidentialité. Il veille aussi à ce que le groupe traite la question posée, et non celle qu'il aurait préféré traiter.
Après : la restitution et le suivi
La séance se conclut par une restitution et un plan d'action que le membre repart appliquer. Le cercle y revient à la session suivante. C'est ce bouclage, très simple, qui distingue un groupe qui produit d'un groupe qui discute.
Ce qu'il ne fait pas
Un bon facilitateur ne donne pas son avis sur le fond de vos décisions. Il n'est ni consultant, ni coach, ni prescripteur. Le jour où il commence à recommander, deux choses se produisent : le groupe cesse de chercher par lui-même, et la responsabilité de la décision devient floue.
L'Entrepreneurs' Organization a poussé ce principe à sa conséquence logique dans son protocole de forum : un membre n'y donne pas de conseil, il raconte une expérience qu'il a lui-même vécue et laisse son interlocuteur en tirer ses propres conclusions. La nuance paraît mince, elle est décisive. Le conseil met celui qui le donne en position haute et l'incite à défendre sa recommandation. Le partage d'expérience laisse la décision là où elle doit rester.
Pourquoi cela ne peut pas être un membre du groupe
On croit souvent pouvoir confier l'animation à un membre, à tour de rôle. Cela ne tient pas, pour une raison simple : celui qui anime ne peut pas exposer son propre sujet, et celui qui a un sujet ne peut pas réguler la parole des autres. En pratique, l'animateur tournant finit par s'effacer, et le groupe retombe dans ses pentes naturelles.
L'animation par un tiers professionnel n'est donc pas un luxe ajouté au format. C'est la condition qui le rend viable dans la durée.
Pour aller plus loin
- Six ou vingt : pourquoi la taille du groupe décide de tout
- Cercle de pairs, coaching, mastermind, formation : ce qui les distingue
Chaque groupe de Business Club 360 est animé par un facilitateur professionnel, garant de la méthode. Découvrir qui anime le cercle.
Sources
- Anita W. Woolley, Christopher F. Chabris, Alex Pentland, Nada Hashmi, Thomas W. Malone, « Evidence for a Collective Intelligence Factor in the Performance of Human Groups », Science, vol. 330, n° 6004, 2010, p. 686-688.
- Entrepreneurs' Organization, protocole de forum et principe du partage d'expérience. eonetwork.org