Six ou vingt : pourquoi la taille du groupe décide de tout

On choisit souvent la taille d'un groupe par contrainte économique. C'est pourtant le paramètre qui détermine le plus directement ce que le groupe produira, et la recherche est assez claire sur le sujet.

L'arithmétique, d'abord

Prenez une séance de deux heures. Retirez l'accueil, le tour d'actualité et la conclusion : il reste environ quatre-vingt-dix minutes de travail utile.

  • À 6 participants, cela fait quinze minutes par personne si l'on traite tout le monde, ou quarante-cinq minutes pour deux sujets traités en profondeur.
  • À 20 participants, cela fait quatre minutes et demie par personne. En pratique, on ne traite plus tout le monde : on traite un sujet devant dix-neuf spectateurs.

Un groupe de vingt n'est pas un groupe de six en plus grand. C'est un autre objet : une conférence avec participation, où la majorité écoute.

Ce que dit la recherche

L'étude publiée dans Science en 2010 par Woolley, Chabris, Pentland, Hashmi et Malone met en évidence un facteur d'intelligence collective propre au groupe. Son résultat le plus utile ici : ce facteur est fortement corrélé à l'équilibre de la répartition de la parole. Les groupes où plusieurs membres contribuent réellement surpassent nettement ceux où une poignée domine la discussion.

Ce n'est pas une question d'équité, c'est une question de performance. Un groupe qui laisse trois personnes occuper l'espace produit objectivement moins bien qu'un groupe où la parole circule, à talent égal des participants.

Or la domination de la parole n'est pas un accident : c'est la pente naturelle de tout groupe. Plus il est grand, plus elle s'installe, et plus il faut d'énergie d'animation pour la contrer.

Les tailles retenues par les organisations qui durent

Les grandes organisations de cercles de dirigeants ont convergé vers des effectifs restreints :

  • Le forum de l'Entrepreneurs' Organization réunit 6 à 10 membres, sous la conduite d'un modérateur formé.
  • Les groupes Vistage comptent 12 à 16 dirigeants, avec un président de groupe et une part importante consacrée à des interventions d'experts.

L'écart entre ces deux formats n'est pas anodin : plus le groupe grandit, plus il a besoin d'apports extérieurs pour rester nourrissant, et moins il repose sur le traitement individuel des sujets de chacun.

La confiance a aussi une taille

Il y a un second effet, moins mesurable mais décisif. Les sujets qui comptent, ceux qu'un dirigeant ne peut ouvrir nulle part, ne s'exposent pas devant vingt personnes. Ils s'exposent devant cinq visages connus, revus chaque mois, engagés par la même confidentialité.

Un groupe trop grand ne se contente pas de réduire le temps de parole : il élève le seuil de ce que chacun accepte de dire. Et un cercle où l'on ne dit que ce qui est présentable ne sert à rien.

La contrepartie

Un petit groupe a un coût. Il faut composer avec soin, puisqu'un membre inadapté pèse lourd sur six. Il faut assumer un prix par participant plus élevé, puisque l'animation se répartit sur moins de personnes. Et il faut accepter de refuser des candidatures.

C'est le prix de la seule chose qui compte : que chacun reparte avec quelque chose, à chaque séance.

Pour aller plus loin

Un groupe de Business Club 360 compte 6 à 7 dirigeants, jamais davantage. Voir le fonctionnement du cercle.

Sources

  • Anita W. Woolley, Christopher F. Chabris, Alex Pentland, Nada Hashmi, Thomas W. Malone, « Evidence for a Collective Intelligence Factor in the Performance of Human Groups », Science, vol. 330, n° 6004, 2010, p. 686-688.
  • Entrepreneurs' Organization, présentation du protocole de forum. eonetwork.org
  • Vistage, structure des groupes. vistage.com

Les effectifs revendiqués par les organisations citées sont ceux qu'elles publient elles-mêmes.