Les cinq décisions qu'un dirigeant ne peut discuter nulle part

Il existe une catégorie d'arbitrages dont un dirigeant ne peut parler à personne de son environnement, non par goût du secret, mais parce que le simple fait d'en parler produirait des dégâts. En voici cinq, et ce qui les rend intraitables en interne.

1. Séparer un cadre historique, ou un associé

C'est le cas d'école. Vous envisagez de vous séparer d'une personne installée depuis longtemps, compétente hier, en décalage aujourd'hui. Vous avez besoin d'en parler pour vérifier que votre lecture est juste et que vous n'agissez pas sous le coup de l'agacement.

Or vous ne pouvez en parler à aucun membre du comité de direction, qui travaille avec cette personne tous les jours. Ni à un autre cadre, qui en déduirait que nul n'est à l'abri. Ni à votre associé si c'est précisément de lui qu'il s'agit. La confidence, ici, est une fuite en puissance.

2. Arrêter une activité, fermer un site

Une activité perd de l'argent depuis deux exercices. Vous hésitez entre l'accompagner encore ou l'arrêter. La question est légitime et se pose froidement.

Mais l'ouvrir en interne, c'est déclencher immédiatement l'inquiétude des équipes concernées, et sans doute les départs que vous vouliez éviter. Beaucoup de dirigeants portent seuls cette question pendant des mois, jusqu'à ce que la situation tranche à leur place. C'est le pire des scénarios : la décision non prise finit par être subie.

3. Céder, transmettre, ouvrir le capital

Ce sujet cumule tous les interdits. En parler aux équipes déstabilise. En parler aux clients ou aux fournisseurs fragilise votre position. En parler à un intermédiaire, c'est enclencher un processus commercial alors que vous n'en êtes qu'à vous interroger.

Le dirigeant qui veut simplement réfléchir à voix haute au fait de passer la main n'a, littéralement, aucun interlocuteur naturel.

4. Une trésorerie qui se tend

Le sujet est encore plus verrouillé, parce qu'il touche à la crédibilité. En parler à sa banque avant d'avoir un plan, c'est prendre le risque d'un durcissement. En parler à son équipe, c'est diffuser une inquiétude qu'on ne pourra pas reprendre. En parler à ses fournisseurs, c'est modifier les conditions.

Résultat : le dirigeant le plus exposé est aussi celui qui a le moins le droit d'en parler. Alors que c'est exactement le moment où un regard extérieur aurait le plus de valeur.

5. Sa propre place

Le dernier sujet est le plus tabou : le dirigeant lui-même. Sa rémunération, sa fatigue, son envie ou son absence d'envie, le fait qu'il ne soit peut-être plus le bon profil pour l'étape suivante de son entreprise.

Personne dans l'entreprise ne peut entendre cela sans que cela change tout. Et à la maison, le dire c'est inquiéter. Beaucoup n'en parlent donc nulle part, parfois pendant des années.

Le point commun

Dans ces cinq cas, le problème n'est pas le manque d'interlocuteurs. C'est que chaque interlocuteur disponible a un intérêt dans l'issue : il dépend de vous, il partage votre capital, il vous vend quelque chose, ou il vous aime. Aucun ne peut recevoir l'information sans que celle-ci produise un effet.

Ce qu'il faudrait, c'est quelqu'un qui comprenne immédiatement l'enjeu parce qu'il l'a vécu, et sur qui votre décision n'ait strictement aucune conséquence. C'est la définition d'un pair, et c'est ce qu'un cercle organise.

Ajoutons une précision qui compte : dans un cercle correctement construit, les membres ne sont pas en concurrence directe, et la confidentialité est un engagement formel, pas une politesse. Sans ces deux conditions, aucun des cinq sujets ci-dessus ne se traitera.

Pour aller plus loin

Ces sujets sont exactement ceux que le cercle traite, dans un cadre confidentiel et entre pairs sans concurrence directe. Demander un entretien d'admission.